Le Centre de Primatologie

Le CDP vu du ciel

Le Centre de Primatologie (CDP), siège de l’association Save Gabon’s Primates, est un département de recherche du Centre Interdisciplinaire de Recherches Médicales de Franceville (CIRMF) au Gabon. Il est aussi l’un des plus importants centres de primatologie d’Afrique. Il présente l’avantage de disposer de salles vétérinaires – avec salle d’opération – de bâtiments de quarantaine et de zones de logement pour les primates non-humains. De plus, sur place, est employée une équipe d’une vingtaine de professionnels – dont deux vétérinaires et un chef animalier.

Les volières du CDP

Le CDP accueille actuellement près de 350 primates non humains de 9 espèces différentes. Parmi eux, on compte d’anciens sujets de laboratoire, des orphelins -rescapés du braconnage – et des singes issus du trafic d’animaux. Ces animaux sont répartis dans deux types de logement : des enclos et des volières en groupe. L’hébergement en cage individuelle a pris fin avec l’arrêt des expérimentations biomédicales invasives.

Le CIRMF

Fondé en 1974 pour étudier les problèmes d’hypo fécondité que rencontrait alors la population gabonaise, le CIRMF s’est rapidement intéressé aux épidémies qui sévissaient en Afrique et particulièrement au Gabon. Au sein de son département de primatologie, le Primate Non Humain (PNH) était perçu comme un modèle d’expérimentation particulièrement intéressant par sa proximité avec l’humain phylogénétiquement. Le CIRMF l’utilisait alors comme animal de laboratoire dans la recherche sur le VIH, le paludisme, le virus Ebola, le Chikungunya ou encore la grippe H1N1.

Aujourd’hui, si les recherches continuent, notamment sur les maladies émergentes et sur tout ce qui touche à la santé publique, les chercheurs n’utilisent plus les PNH pour les expérimentations biomédicales invasives.

En effet, la demande sociétale, les nouvelles législations nationales[1] et internationales ainsi que les études éthologiques ont conduit les acteurs de la recherche à reconsidérer l’utilisation des PNH et leur mise en captivité. Aujourd’hui, la politique du CDP est de tourner la page de l’expérimentation biomédicale invasive et de s’investir davantage dans le domaine de la conservation. En effet, en plus d’œuvrer à la réhabilitation de ses pensionnaires et de sensibiliser la population et les scientifiques, il organise en coopération avec le ministère des eaux et foret (MINEF) des saisies de PNH en possession illégale chez des particuliers pour les réintroduire après une période de quarantaine au CDP dans des parcs ou des aires protégées.


[1] Avec notamment l’adoption de l’Arrêté n°02043/PM/MEFPCEPN du 13 aout 2003 interdisant la chasse, la capture, la détention, le transport et la consommation des primates.  

Les enclos

Le CDP compte 4 enclos de semi-liberté qui s’étendent sur un peu plus de 8 hectares. Dans ceux-ci vivent près de 130 mandrills (Mandrillus sphinx) et une trentaine de cercopithèques à queue de soleil (Allochrocebus solatus). Ils sont nourris tous les jours par les animaliers du centre qui veillent sur leur état général. Ainsi, en s’appuyant sur leurs connaissances des espèces mais aussi des individus, ces professionnels surveillent que chaque singe puisse accéder à la nourriture. En effet, les relations de dominance s’expriment particulièrement au moment du nourrissage et certains individus dominés ne peuvent pas s’alimenter suffisamment. Ils sont alors séparés du groupe et nourris à part.

Ces pensionnaires évoluent dans un environnement naturel avec une faible présence humaine. L’observation de leurs comportements représente une richesse inestimable pour la recherche éthologique. En effet, les colonies de mandrills du CIRMF sont particulièrement intéressantes car elles sont suivies depuis plusieurs générations, et les travaux sur les cercopithèques à queue de soleil sont encore peu nombreux.

Les volières

Cours de récréation
Enrichissements structurels pour chimpanzés

Les volières sont de forme et superficie variables. Elles sont destinées à héberger les primates non-humains en attente de réhabilitation. Bien qu’elles soient extérieures, elles n’offrent aucun contact direct avec l’environnement naturel : elles sont composées d’une dalle en béton surmontée de barreaux en fer. Toutefois, les animaliers du CDP et les bénévoles de Save Gabon’s Primates enrichissent chaque jour ces habitats avec des branchages, du feuillage ou du foin. Des enrichissements structurels durables sont aussi construits afin de permettre aux singes de développer des comportements normaux et de pratiquer une activité physique qui les maintiennent en forme, toujours en vue de leur réhabilitation.

Les groupes de chimpanzés adultes évoluent également dans des volières mais ils ont accès à une cour de récréation au sol herbacé. Cependant, à l’instar des autres primates du centre, ils ne disposent pas du même choix de nourriture qu’en milieu naturel. C’est pourquoi l’enrichissement s’appuie aussi sur une diversification alimentaire -distribuée dans des casse-têtes ou autre jeu pour exercer les capacités cognitives des pensionnaires et rééquilibrer leur budget-temps, très perturbé en captivité.

Dans l’optique de leur retour en milieu naturel, les différents enrichissements sont des outils incontournables pour (ré)enseigner les gestes et comportements normaux des primates non-humains. Les individus logés en volières sont au cœur des préoccupations de Save Gabon’s Primates qui travaille chaque jour à leur réhabilitation et à l’amélioration de leurs conditions de captivité.

Les bâtiments de quarantaine

Le CDP est garant du risque sanitaire que représentent les primates non humains pour les travailleurs du CIRMF et la population locale. A ce titre et pour prévenir la contagion entre les pensionnaires, les nouveaux arrivants au centre font un passage obligatoire par la quarantaine. Ces bâtiments aux normes sanitaires strictes, permettent d’isoler les animaux à leur arrivée afin de pouvoir leur faire les dépistages viraux, bactériologiques et parasitaires nécessaires. Après cette période de quarantaine, les nouveaux pensionnaires sont introduits dans un groupe de la même espèce en vue de leur réhabilitation.

Les salles vétérinaires

Le CDP est un pôle de référence dans le soin des primates non humains. Son équipe vétérinaire s’occupe des pensionnaires du centre ainsi que des singes malades ou blessés venus de l’extérieur (et parfois d’autres espèces animales). En plus du suivi vétérinaire quotidien, elle effectue le contrôle sanitaire des nouveaux arrivants et celui de tous les animaux, une fois par an. 

Effectivement, chaque année tous les primates non humains reçoivent un traitement antiparasitaire et sont dépistés pour des maladies aéroportées et/ou résistantes comme la tuberculose qu’ils pourraient contracter en captivité. Les individus porteurs d’une pathologie incurable, comme le SIV[1], reçoivent leur traitement chaque jour. Quant aux animaux blessés – comme au cours d’un conflit- ils sont soignés sur la table d’opération. 

Les cycles reproductifs des primates sont maîtriséssans entraver leur fertilité – afin de prévenir les naissances en captivité. En effet, les conditions de captivité ne sont pas adaptées aux naissances : elles stressent le groupe en présence et se concluent souvent par le décès du petit. Néanmoins, après leur réhabilitation, les primates pourront se reproduire.

En soignant les individus blessés, rescapés de pièges non sélectifs – comme les collets – et en prévenant les risques épidémiologiques pour la santé publique et vétérinaire, le CDP s’inscrit dans une démarche ciblée de conservation des espèces de primates. Aujourd’hui avec l’association Save Gabon’s Primates, le centre souhaite se doter d’un laboratoire vétérinaire propre, lui permettant de relocaliser ses analyses et de se positionner comme pôle vétérinaire majeur au Gabon.


[1] Simmian Immonudepressiv Syndrom, l’équivalent du SIDA chez les primates non humains

Salle d’opération
Opération lourde d’un nouveau pensionnaire