Réhabilitation

La réhabilitation des primates en milieu naturel

Les forêts tropicales d’Afrique équatoriale sont des lieux clefs de la conservation des grands primates non humains. Elles constituent le refuge d’un tiers de la totalité mondiale de chimpanzés (Pan troglodytes), et la presque totalité de la population de gorilles (Gorilla gorilla). Or ces deux espèces sont en danger critique d’extinction. Le Gabon, pays couvert à 80 % de forêt, accuse une diminution de moitié de ces individus en seulement 2 décennies.

Nzigou, chimpanzé mâle dominant

Objectifs

  • Sanctuariser les PNH issus de la recherche médicale
  • Encourager la conservation in situ au Gabon afin d’augmenter la viabilité des populations de primates.
  • Soutenir le Ministère des Eaux et Forêts pour mettre fin au commerce illégal de primates au Gabon.
  • Développer ou actualiser les connaissances sur l’environnement dans lequel les primates sont réintroduits.

Les étapes de la réhabilitation

La réhabilitation est un processus complexe qui peut s’avérer très long. Il dépend de l’âge de l’individu, des conditions et de la durée de sa captivité ainsi que du milieu où il sera réintroduit. Sa réussite dépend de la capacité de l’animal à se réadapter à son environnement naturel, c’est-à-dire à recouvrer les aptitudes qu’il aurait acquises normalement dans la forêt, pour sa survie.

Saisies

Généralement récupérés par des actes de braconnage et lors de la chasse, de nombreux primates sont détenus dans des foyers gabonais.

En collaboration avec le Ministère des Eaux et Forêts, Save Gabon’s Primates effectue des saisies dans tout le Gabon. La récupération de l’animal marque le début de son processus de réhabilitation.

Quarantaine et nurserie

Avant de commencer le processus de réhabilitation, il est crucial de connaître le statut sanitaire de chaque individu. A leur arrivée au Centre De Primatologie (CDP), tous les primates passent par une phase de quarantaine obligatoire. Elle permet d’évaluer leur état de santé, de déterminer s’ils sont porteurs de maladies et auquel cas les soigner. Cette période d’isolement est aussi un moment d’observations accru où les vétérinaires, professionnels du CDP ou bénévoles expert.e.s peuvent évaluer les traumatismes et la présence de troubles du comportement.

Les jeunes orphelins connaissent d’ailleurs une attention particulière à la nurserie car ils sont plus susceptibles de montrer des désordres psychologiques. Par exemple, nous sommes particulièrement vigilants à ce qu’ils ne développent pas, dans leur état déjà fragile, le syndrome de privation provoqué par l’isolement social.

À la sortie de quarantaine, les orphelins n’ayant pu bénéficier de l’enseignement de leur mère, ont besoins d’acquérir les comportements propres à leur espèce. Les individus saisis après une longue captivité auprès des humains, ont eux aussi besoin d’apprendre ou de réapprendre ces comportements au travers d’enrichissements spécifiques.

Sociabilisation et réadaptation

Une fois passée la quarantaine, les orphelins forment – ou intègrent – un groupe.  Les petits découvrent alors la sociabilisation et apprennent ensemble à maîtriser leur corps et leur environnement.

Les individus adultes, provenant d’une saisie, rejoignent également un groupe de congénères amené à être réhabilité dans une aire protégée. La mise en place de la hiérarchie et les rapports sociaux sont alors méthodologiquement observés afin de s’assurer de la cohésion du groupe et de vérifier que chaque individu est bien intégré.

Les phases de sociabilisation et de réadaptation doivent stimuler les comportements naturels, nécessaires à la survie des individus en milieu naturel. Cette étape, vécue en captivité, nécessite de nombreux enrichissements pour encourager les singes et grands singes à développer leurs comportements sociaux et cognitifs comme par exemple, attiser leur curiosité sur la diversification alimentaire, favoriser l’exercice physique pour les inciter à la course, l’escalade et entrainer leurs capacités de recherche de nourriture (par le fourragement par exemple).

Acclimatation en semi-liberté

Dès que le groupe est formé et stabilisé, il est transféré en enclos de semi-liberté et un suivi éthologique (suivi comportemental) est mis en place afin de suivre l’évolution du groupe.

Ainsi, pendant plusieurs mois, une équipe observe la cohésion du groupe et le comportement de chaque individu. La recherche de nourriture, les déplacements, les stratégies d’évitement des prédateurs et l’escalade sont étudiées de près afin de s’assurer que le groupe peut survivre de façon autonome dans le milieu naturel.

Actuellement cette étape est assurée par différents partenaires de l’association qui ont des espaces adaptés à la surveillance des individus et qui leur permettent d’être en contact avec un environnement natal.

Réintroduction ou sanctuarisation

Les primates dont les statuts sanitaire et comportemental le permettent peuvent être réintroduits dans les aires de répartition de leur espèce. En effet, il est crucial de vérifier que le milieu où sera réintroduit un groupe de primates correspond à sa distribution naturelle. D’une part, pour s’assurer que le milieu est propice à leur accueil, et d’autre part pour éviter tout bouleversement écosystémique.

Afin de vérifier que la réhabilitation est réussie, le groupe qui retrouve son milieu naturel reste sous surveillance humaine. L’objectif est de contrôler la stabilité du groupe et la santé des individus. La population est ensuite suivie afin de relever les éventuelles naissances qui y ont lieu.


Définitions clés

La réhabilitation est un processus par lequel les singes et grands singes détenus captifs sont aidés afin qu’ils retrouvent un milieu naturel ou semi-naturel. Ils sont soignés pour leurs problèmes médicaux et leurs handicaps physiques, jusqu’à ce qu’ils recouvrent la santé. Ils bénéficient d’un protocole d’enrichissements pour l’acquisition d’aptitudes sociales naturelles et sont désaccoutumés du contact et de la dépendance aux humains, pour leur permettre de vivre de manière autonome.

La réintroduction est une tentative visant à établir une espèce dans une zone ayant fait partie autrefois de son aire de répartition historique, mais dans laquelle elle a disparu ou s’est éteinte. Ainsi, les primates dont les statuts sanitaire et comportemental le permettent, pourront être réintroduits dans ces aires de répartition.

La sanctuarisation des primates signifie qu’ils sont hébergés dans une zone délimitée (de façon naturelle comme des îles, ou de façon artificielle dans un enclos de semi-liberté par exemple) dans un environnement naturel. Elle a pour objectif principal d’offrir de bonnes conditions de vie à des individus qui ne peuvent être réintroduits dans la nature sans surveillance, en raison de leur statut sanitaire ou comportemental.