Quarantaine et nurserie

Accueillir les nouveaux pensionnaires et les orphelins

Engagé dans les circuits de conservation des espèces de primates non humains aux côtés de Save Gabon’s Primates, le Centre De Primatologie (CDP) du CIRMF accueille fréquemment de nouveaux pensionnaires. Ces derniers sont issus de saisies effectuées -avec le concours du Ministère des Eaux et Forêts- chez des particuliers qui retiennent ces individus captifs, issus du braconnage ou du trafic d’animaux. Plus rarement, d’autres individus sont secourus en milieu naturel lorsqu’ils sont blessés ou pris au piège de braconniers.

Chaque nouveau pensionnaire passe par une phase de quarantaine sanitaire afin d’évaluer son état de santé et de dépister des pathologies transmissibles aux humains et/ou aux autres primates non humains. La quarantaine est une période d’isolement stricte pendant laquelle les individus sont soumis à différentes formes de stress comme le changement d’environnement, l’enfermement, l’ennui, les tests sanitaires et la solitude.

Afin de limiter l’impact psychologique de la phase de quarantaine et d’optimiser le processus de réhabilitation qui s’en suit, Save Gabon’s Primates apporte une attention particulière aux individus en quarantaine. Pour ce faire animaliers, vétérinaires et bénévoles apportent quotidiennement différentes formes d’enrichissement à ces singes isolés. Ils doivent permettre à l’individu de maîtriser son environnement et pallier l’ennui en stimulant ses capacités cognitives. Des éléments tels que des feuillages ou des bambous sont apportés pour reproduire l’environnement naturel. Le jeu est aussi privilégié, sous une forme correspondant à l’espèce concernée et à la situation traumatique de l’individu.


Le rôle crucial de l’accueil des orphelins dans le processus de réhabilitation

D.Oloussou & Jo
Malgré les équipements de sécurité, les animaliers du CDP apportent du contact aux orphelins.

« Certains ont peur, ils ne voient que le risque sanitaire. Mais on tisse une relation avec les petits, on apprend des choses, comme à reconnaître leurs cris ou leurs mimiques, et surtout que le contact c’est important […] En dehors du travail je vais à Bakoumba[1] pour du training[2] et les singes que j’ai connus petits me reconnaissent. C’est émouvant. »

D.OULOUSSOU, animalier du Centre de Primatologie, membre de l’équipe nurserie


Camille et Lucie, lors de leur saisie

Le braconnage, la destruction de l’environnement et l’expansion de l’urbanisation laissent dans leur sillage de nombreux orphelins. Ces derniers n’ayant encore aucun enseignement reçu de leur mère, à laquelle ils ont été arrachés ne sont donc pas autonomes et doivent apprendre tous les gestes qui à terme leur permettront de survivre en milieu naturel.

Par ailleurs, comme chez l’humain, les petits sont sujets au syndrome de privation, développé lorsqu’ils sont privés d’une figure rassurante et stable telle que leur mère. Ce syndrome a notamment été montré sur des macaques rhésus au cours des cruelles expériences de H.Harlow (en savoir plus). Les traumatismes vécus et le syndrome de privation entrainent des retards voire des problèmes de développement qui persistent à l’âge adulte et qui sont un frein à la réhabilitation des individus.

Consciente des spécificités liées à la nurserie et du stress causé par les conditions de quarantaine, l’association Save Gabon’s Primates travaille à l’amélioration des conditions d’accueil de ces orphelins. L’objectif est d’apporter du réconfort à ces individus et contribuer à leur éveil. Une équipe de 9 animaliers du CDP est formée aux gestes de la nurserie pour que les soins correspondent aux besoins de l’espèce concernée ainsi qu’aux particularités de l’individu et à son âge.  L’environnement des petits est également enrichi de matériaux réconfortants tels que des couvertures, des peluches et des coussins. D’autres formes d’enrichissement destinées à l’éveil des petits sont installées selon leur âge et des éléments naturels leurs sont aussi distribués.

Enfin, grâce aux connaissances éthologiques, les animaliers du CDP et bénévoles de l’association apportent des contacts réguliers et stimulent les comportements naturels des jeunes pensionnaires. Ils sont encouragés à saisir des objets, se déplacer, explorer, grimper et jouer. Il leur est aussi offert une nourriture qu’ils peuvent retrouver dans leur environnement naturel pour qu’ils sachent reconnaitre ce qui est consommable.

Dès qu’ils ont atteint un âge suffisamment avancé, et si leur santé le permet, ces orphelins sont mis en contact avec d’autres congénères afin qu’ils puissent exprimer des comportements propres à leur espèce.

Après analyse des interactions et si ces individus sont stables, ils sont ensuite introduits dans un groupe, ce qui constitue une nouvelle phase dans le processus de réhabilitation.

Le jeune Camille nourri au biberon 3 fois par jour et 2 fois par nuit

[1] Au parc de la Lékédi, parc privé du Gabon où de grands singes sont réhabilités

[2] Techniques d’apprentissage de réponses spécifiques à des stimuli spécifiques. Ici le training est pratiqué pour faciliter les soins vétérinaires donnés aux primates non humains