Enrichissement

Enrichir le quotidien des primates

Améliorer les conditions de vie des pensionnaires du Centre De Primatologie (CDP) pour accroitre leurs chances de réhabilitation

Dans leur environnement naturel, les primates sont fortement stimulés : sur des territoires de grande taille, riches en biodiversité, ils sont sans cesse confrontés à des situations nouvelles qui les sollicitent psychologiquement.

À l’inverse, en captivité, les primates sont souvent faiblement stimulés : ils sont logés dans des volières qui ne leur offrent qu’une faible disponibilité spatiale, et les aménagements sont souvent rudimentaires. Leur environnement, en plus d’être appauvri est prévisible et est subi puisqu’ils n’ont presque aucun contrôle sur lui.

Les conditions de vie en captivité ont des conséquences négatives sur le comportement des primates. Généralement, on observe un appauvrissement de leur répertoire comportemental, une inactivité croissante et parfois des comportements stéréotypés et/ou anormaux.

Afin de prévenir ou d’atténuer ces effets, il est nécessaire d’enrichir le milieu de vie des primates. Cela consiste à leur proposer des activités, des dispositifs, des interactions sociales positives et tout élément nouveau leur permettant d’exprimer des comportements proches de leurs comportements naturels, de mieux contrôler leur environnement et ainsi d’augmenter leur bien-être psychologique et physique. En effet grâce aux enrichissements, les animaux expriment moins de comportements stéréotypés et/ou anormaux et sont moins sujets aux maladies et infections.

Enrichissement alimentaire

Enrichissement social

Enrichissement cognitif

Enrichissement structurel

Enrichissement alimentaire

Dans la nature, les primates passent la majorité de leur temps à chercher leur nourriture. En captivité en revanche, l’activité alimentaire des animaux est très différente : les repas ont généralement lieu à heures fixes, la nourriture est peu variée, et immédiatement disponible. L’alimentation n’occupe dès lors que peu les primates, contrairement à leurs habitudes et leurs besoins naturels (ce qu’on appelle le budget-temps en éthologie). Cela peut être à l’origine de troubles comportementaux. Le but de l’enrichissement alimentaire est de renforcer le comportement de recherche et de sélection de la nourriture.

Ainsi, il est important de rendre la recherche de nourriture plus longue et plus ardue. En s’assurant que chaque individu ait accès à une ration suffisante. On peut dissimuler de petits aliments comme des graines ou des aliments pâteux (miel, confiture, pâte d’arachide, etc.), dans différents objets (tubes PVC, bouteilles en plastique, troncs, termitières artificielles, etc.) ce qui augmente considérablement le temps dédié à la recherche alimentaire.

La diversification alimentaire apporte également aux primates de la nouveauté et stimule la curiosité des individus. Pour cela, de nombreux ingrédients peuvent être utilisés : fruits et légumes variés – en fonction des saisons – croquettes, graines, riz, yaourts et compotes, œufs, insectes, etc., tout en gardant une ration équilibrée.

De plus, la présentation des aliments est importante. En effet, présenter aux primates des fruits et légumes entiers, non épluchés et non préparés (papayes, brocolis, bananes, raisins, carottes, pommes, oranges), est un bon exemple d’enrichissement. En effet, les singes et les grands singes mettent plus de temps à les manger, et les comportements alimentaires deviennent aussi plus proches des conditions naturelles.

L’apport d’insectes vivants est également apprécié des primates et s’apparente davantage aux conditions alimentaires naturelles, tout comme la mise à disposition de gomme, dont certaines espèces de primates raffolent.

Le fait que la recherche de nourriture soit ainsi plus élaborée offre aux primates une plus grande possibilité d’action, de contrôle et de choix sur leur environnement. De plus, tous ces enrichissements alimentaires entraînent généralement une augmentation de l’activité globale, des comportements d’alimentation, de locomotion et d’exploration des animaux. Ils participent ainsi au maintien d’un bon état corporel en favorisant l’activité physique chez les primates. Ils permettent aussi une diminution des troubles comportementaux et des agressions. Il faut toutefois faire attention et éviter la compétition et le contrôle des aliments par les dominants. Effectivement, il convient de vérifier que tous les individus consomment entièrement leur ration pour conserver une alimentation équilibrée chez tous les individus.

Brouette de fruits, noix et manioc offerts par une bénévole
Les « herbes à gorilles » appréciées de nombreux primates
Concombres, excellents pour l’hydratation

Enrichissement social

L’enrichissement social correspond aux interactions entre individus. Les primates non-humains vivent en groupes hiérarchisés dont il faut étudier la dynamique avant d’y introduire un nouvel individu. L’observation des comportements, notamment au moment du nourrissage, permet aux équipes du Centre de Primatologie et de Save Gabon’s Primates, d’identifier la hiérarchie du groupe et de déterminer si un nouvel animal pourra y être introduit.

La cohabitation interspécifique, c’est-à-dire le regroupement dans le même enclos de primates d’espèces différentes, peut également être envisagée comme enrichissement social. Ce dernier doit être réfléchi en s’inspirant de la cohabitation présente en milieu naturel. Il peut être mis en place quand le bénéfice pour ces individus d’espèces différentes est supérieur au risque de développement de trouble lié à l’isolement social. 

La disposition des volières du CDP permet des échanges visuels entre primates. L’observation des voisins et les interactions visuelles peuvent être des sources de stimulation et constituer ainsi un enrichissement social.


Enrichissement cognitif

Pour stimuler les comportements de jeu et de manipulation, ainsi que les capacités cognitives des primates, de nombreux objets peuvent être mis à leur disposition. Ils doivent être assez résistants et non dangereux pour les animaux (non toxiques, non contondants, suffisamment hygiéniques). Ces objets sont généralement appréciés des animaux qui peuvent exercer un contrôle sur eux, et observer ensuite la « réponse » de l’objet en question.

L’enrichissement cognitif concerne l’acquisition des connaissances, il est aussi appelé « enrichissement occupationnel » car il permet de pallier à l’ennui des primates.

Par exemple, pour inciter le comportement de fourragement (recherche de nourriture), les animaliers du centre distribuent aux singes et aux grands singes des herbages secs, ou certains types d’emballages (bouteilles vides, sachets en papier, boites en carton, etc.), dans lesquels ils cachent des gourmandises. Des « casse-têtes » peuvent être également fabriqués. L’enrichissement cognitif s’appuie sur la découverte de textures, de sons et d’odeurs dont la forme varie en fonction des produits dont dispose Save Gabon’s Primates.


Enrichissement structurel

L’enrichissement structurel ou environnemental concerne l’ensemble des conditions d’hébergements des singes et des grands singes. Nous veillons à l’amélioration des cages et/ou des primates du centre en attendant leur réhabilitation. Ciment et barreaux représentent l’environnement quotidien de pensionnaires qui aspirent à la vie en forêt. Afin de leur permettre de pratiquer une activité physique et de stimuler leurs comportements naturels, des cordes, tuyaux ou pneus sont installés pour servir de perchoir ou de balançoire.

Ces installations s’accompagnent également de feuilles et branchages frais qui rappellent un environnement naturel et offrent des espaces d’intimité pour les pensionnaires. Chaque aménagement doit être adapté aux besoins de l’espèce concernée. Les petits singes ont par exemple besoin d’espaces où se cacher, tandis que pour les chimpanzés, il faut des installations solides pour résister à leur force. Celles-ci doivent en plus être souvent renouvelées afin d’éviter que les usagers ne s’en lassent.