H.Harlow et la théorie de l’attachement (1958)

Attention les images de cette vidéo peuvent choquer : elles montrent les petits macaques subissant les protocoles de Harlow

Aux Etats-Unis, à l’aube de mouvements d’émancipation des femmes, le psychologue Harry Harlow élabore la théorie de l’attachement. Le chercheur souhaite comprendre les effets de la privation de la présence maternelle. Pour ce faire, il réalise des expériences cruelles sur des petits macaques rhésus : il les sépare de leur mère et les coupe de tout contact social et sensoriel. Il répète l’opération sur de nombreux petits primates,à différents stades de leur développement qu’il soumet à différentes privations, pour mesurer les conséquences sur leurs comportements.

La mère de ces bébés est remplacée par deux ersatz, c’est-à-dire des leurres : une mère de fil de fer – rigide et froide – munie d’un biberon, et une douce mère de coton.

Lors des expérimentations, Harlow remarque, tout d’abord, que les petits macaques s’alimentent rapidement sur la première mère, mais s’accrochent des heures à la seconde. Il conclut que le bébé ne s’attache pas à sa mère parce qu’elle le nourrit, et que le besoin primaire du sens du toucher constitue une motivation tout aussi fondamentale que celle de se nourrir. Ensuite, le psychologue observe que les singes, confrontés à des situations stressantes, cherchent à se rassurer par le contact, auprès de leur mère de coton. Ils se montrent aussi plus à même de découvrir des nouveaux éléments de leur environnement lorsqu’il leur est permis de se réassurer par ce contact tactile.

Pour autant, ces bébés singes, même accompagnés de leur mère de coton, montrent des retards de développement et des altérations du comportement : dépressifs, apathiques, passifs, présentant des stéréotypies, des conduites d’autoagressions et se laissant même parfois mourir de faim. Plus encore, à l’âge adulte, lorsqu’ils sont mis en présence de congénères, ces mêmes petits macaques deviennent asociaux : totalement incapables de se lier à d’autres individus, ils ne parviennent pas à se reproduire, et beaucoup alternent période de prostration et d’agressivité (sans raison ni avertissement).

Au regard de ces résultats, la conclusion d’Harlow vis-à-vis de la mère de coton fut la suivante : « Toucher ne suffit pas. Il faut être touché pour construire un être social. » Et en effet, un substitut tactile n’a pas d’effet sur la sociabilité du petit, il a besoin d’une véritable interaction pour acquérir des compétences sociales.

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L’étude du psychologue est aujourd’hui très critiquée et notamment pour sa lecture normative des observations du comportement animal directement transposé à l’humain. En effet, en montrant les conséquences provoquées par la privation de stimulations sociales et sensorielles chez les macaques, Harlow entend prouver l’importance vitale des liens d’amour maternel chez les êtres humains.  Ses résultats, même s’ils appuient les études nécessaires, réalisées dans les orphelinats, sur les besoins affectifs (et pas seulement alimentaire) des nourrissons, revêtent un caractère régressif. Pour Chris Herzfeld – philosophe et spécialiste de l’histoire de la primatologie – on constate aussi que : « [Harry Harlow] culpabilise durablement les femmes qui travaillent et commencent à se libérer du tutorat masculin et des contraintes de la maternité [parmi lesquelles l’obligation d’une présence constante auprès des enfants]. »

Enfin, et de manière d’autant plus dérangeante, cette étude pose la question de l’utilité scientifique et de l’admissibilité morale. Cette expérimentation reste d’ailleurs un symbole de la souffrance – inutile – des singes de laboratoire.

Ces malheureux sujets de laboratoire ont servi à démontrer – l’évidence – que les premiers contacts sociaux sont cruciaux pour le développement des primates humains et non-humains.


Pour aller plus loin :

DESPRET V., « Ce qui touche les primates », Terrain [En ligne], 49 | août 2007, mis en ligne le 03 janvier 2012, URL : http://journals.openedition.org/terrain/6161 ; DOI : https://doi.org/10.4000/terrain.6161

HARLOW H. F., The Nature of Love, University of Wisconsin. First published in American Psychologist, 13, 1958

HERZFELD C., Petite histoire des grands singes, Paris, Éditions Du Seuil, 2012