Projet copeaux : amélioration de la volière de Peanut

Travaillant à la transformation du CDP vers un centre de réhabilitation, Save Gabon’s Primates est engagée dans l’amélioration des conditions de vie des pensionnaires du CDP. C’est au travers des enrichissements que nous tentons de créer un cadre de vie apaisant, rappelant le milieu naturel. Ainsi, en contact avec Richard FRANCIOLY, animalier au CNRS (Centre National de Recherche Scientifique) de Marseille nous avons longtemps échangé sur les enrichissements de volières, notamment pour les petits singes.

Photo 1 : Deux Saïmiri sciureus du CNRS
Photo 2 : Volières possédant des copeaux de bois

Richard s’occupe principalement de plusieurs Saïmiri sciureus appelé aussi singes écureuils (Photo 1). Le sol de leurs volières extérieures sont recouverts de copeaux de bois depuis plus de 5 ans, sans qu’aucun nettoyage ne soit réalisé par les animaliers (Photo 2). En effet, le humus produit par la dégradation lente des copeaux de bois, regorge de micro-organismes qui décomposent aussi les matières fécales (la zone de nourrissage se trouvant dans la partie intérieure des volières).  

Photo 3 : Peanut, principal occupant de la volière

Après quelques échanges par email, une réunion est organisée le 06 novembre 2020 avec Richard (en Skype) et la participation de plusieurs animaliers, de membres de l’association et d’un vétérinaire du CDP. Certaines questions concernant la différence de climat, de la décomposition de la nourriture par les microorganismes et les différences de compositions de nos copeaux ont été soulevées (risques de développement de pathogènes dus à l’humidité, temps de décomposition de la nourriture, etc.). Convaincue, l’équipe décide alors d’essayer de reproduire le dispositif au CDP auprès de Peanut, un jeune mangabey à collier ou Cercocebus torquatus (Photo 3) en attente de réhabilitation au CDP. La volière de Peanut sera surveillée de près afin de contrôler l’état sanitaire du jeune singe et de sa volière.

Les allers-retours à la scierie près de St-Hilaire se succèdent en compagnie de Loïc DJIPALA, Fiacre OLLENDES, Junior MBOULOU, Walter MATANGOYE et moi-même (Chloé LOZANO, bénévole) afin de récupérer l’équivalent de 45 sacs de copeaux (sacs de farine 50 Kg) pour avoir une litière d’une hauteur de 40 cm (8 allers-retours en 4×4). Après un vide sanitaire effectué par Fiacre OLLENDES, par un traitement Chlore-Soude-Chlore, espacés de 3 jours chacun, les copeaux sont installés le 01 mars 2021. Après discussion avec Richard, ce dernier nous envoie ces dernières recommandations pour la volière (Dessin 1).

Nous adaptons certains aspects en suivant les recommandations de Richard : les tuyaux d’incendie (souvent utilisés pour leur résistance en tant qu’enrichissements structurels au CDP) ont été enlevés, la grille derrière le pneu a été refixée horizontalement. En revanche le pneu a été laissé à la verticale car les animaliers s’en servent pour y placer des enrichissements.

Courant mai, des tests coprologiques réalisés par Freddy YANAGA et supervisés par Serge Ely DIBAKOU ont été réalisés sur les échantillons de fèces de Peanut. La recherche d’helminthes (vers parasitaires) par la méthode modifiée de Mac Master, méthode de quantification par dilution des fèces dans du liquide de flottation à forte densité (solution saline) ont révélé des résultats négatifs.

Photo 5 : Madame Julie se faisant épouiller par Peanut

Début juin, après 3 mois d’installation, nous observons une perte d’environ 10/15 cm de hauteur principalement un tassement des copeaux mais aussi leur dégradation en humus par les microorganismes présents naturellement dans l’environnement. L’équipe remarque malgré tout que la litière reste propre et sans odeur. Rolly (Photo 5) et Madame Julie, deux Cercopithecus cephus, ont été placées dans la volière, après une mise en contact réussie avec l’occupant des lieux.

Mi-juin, Loïc DJIPALA et moi-même récupérons 17 sacs de copeaux à la scierie afin de réenrichir la litière. Le lendemain avec l’aide de Freddy YANAGA et d’Olsen NKORI nous étalons l’ensemble des copeaux (Photo 6) au sol et ajoutons 4 troncs d’arbres à moitié décomposés et pleins de termites (notons que les singes adorent les termites, l’ajout de bois contenant des termites est considéré comme un enrichissement). Nous avons aussi refixé certains enrichissements structurels, tels que les grilles, les branches et le bambou (Photo 7).

Photo 6 : Freddy et Olsen disposent les
Photo 7 : La volière après ajout de branch

A l’arrivée des primates dans leur nouvelle méga-géniale volière, nous observons que Rolly se déplace sur les copeaux en bipédie et qu’elle s’intéresse aux insectes présents dans les troncs. Madame Julie, quant à elle, plus timide, préfère rester en hauteur. Peanut fidèle à lui-même souhaite des caresses. Les trois compères logent aujourd’hui dans la plus belle volière du CDP.

Suggestions : Ajouter de nouveaux enrichissement fixes tels que de nouvelles branches, de nouveaux bambous, à placer en hauteur puisque ces espèces sont arboricoles. Étant donné que les copeaux réduisent considérablement la fréquence de nettoyage des volières, nous pouvons ajouter de nombreuses structures au sol. Dans les volières nues, il nous faut limiter le nombre d’enrichissements structurels car ils entravent le nettoyage des volières. Cette contrainte n’a plus lieu d’être dans la volière de Peanut.

Il est aussi envisageable d’ajouter des plants de bambous et autres plantes à vitesse rapide pourront être plantées dans la volière afin de créer de la végétation vivante dans la volière.

A l’heure actuelle le dispositif a été reproduit dans 3 autres volières. Nous avons l’intention de répliquer ce type d’enrichissement dans les volières accueillant des petits singes.


Article par Chloé Lozano, Ingénieure en infectiologie, bénévole de l’association