Les chimpanzés qui singent les humains : billet d’humeur (énervée)

Extrait du clip We Never Have Sex Anymore, The Offspring

Le 13 mai dernier, le groupe de punk rock américain : The Offspring a sorti son dernier clip musical.

Si par chance vous ne l’avez pas visionné, ne vous en faites pas vous vous êtes épargné la vision grotesque qu’est l’exploitation animale dans le monde « artistique ». Ce clip relate la routine, ou d’une manière plus générale, l’épuisement de l’amour dans un couple, au travers de chimpanzés humanisés à outrance. 

Pourquoi donc mettre en scène des animaux – ici des grands singes- dans une situation de vie qui ne leur correspond absolument pas ?

Le chimpanzé est une espèce classée en voie de disparition sur la liste rouge de l’UICN et sa population a diminué de plus de 66% au cours des trente dernières années, passant de 600 000 à moins de 200 000 individus. Rappelons que la première cause de disparition de cette espèce, nos plus proches parents, est l’activité humaine

Ce clip soutiendrait-il la conservation de l’espèce en offrant une image anthropomorphe des chimpanzés ? Ou, au contraire, cette représentation véhiculerait-elle l’image selon laquelle les chimpanzés vivent heureux dans nos villes, loin de leurs habitats naturels ? 

Notons que, pour arriver à de telles scènes, il faut dresser ces chimpanzés et leur apprendre un tas de choses qui n’ont aucun intérêt pour eux, ni pour nous non plus d’ailleurs.

Chimpanzé se brossant les dents, extrait du clip We Never Have Sex Anymore, The Offspring

Prenons quelques minutes pour nous demander comment ces chimpanzés en sont arrivés à tourner dans ce clip. La capture et la détention de chimpanzés est interdite aux Etats-Unis. La vidéo étant visiblement tournée dans des studios américains, ces jeunes individus n’ont s’en doute pas été capturés dans leur milieu naturel. En revanche leurs parents ou ancêtres ont dû être arrachés à leur milieu et ce, contre leur volonté. Ce sont probablement des années, voire des générations, d’exploitation qui ont permis d’obtenir des individus qui n’ont plus aucune notion de leurs besoins naturels et qui sont totalement soumis aux volontés humaines. Ces primates non humains ne sont plus que des objets mis en avant pour un côté fun. Alors non, il n’y a rien de fun à exploiter et déconstruire l’identité d’un animal, humain ou non humain. Non, il n’y a rien de fun à regarder le résultat d’un tel conditionnement.

Chimpanzé adulte non anthropomorphisé

En parallèle de ce spectacle désolant, un nombre de plus en plus important de personnes (scientifiques, politiciens-nes, militants-es, etc.) s’engage pour préserver l’espèce et lui permettre de vivre en harmonie avec tous les êtres vivants. Mais en quelques minutes, pour l’amusement de quelques personnes et la gloire d’un nombre encore plus restreint, les efforts pour la reconnaissance des droits des chimpanzés s’effondrent.

Il est important de rappeler, qu’aussi triste que cela soit, les artistes peuvent être un « modèle » pour beaucoup de personnes. Alors comment sur le terrain, loin des paillettes, pouvons-nous, militant.e.s de la cause animale, expliquer que les grands singes (et toute autre espèce) ne sont pas des animaux domestiques, des êtres inférieurs ou même des pantins avec lesquels nous pouvons nous amuser au grès de nos humeurs ?

Nous nous devons de dénoncer et boycotter ce clip, ainsi que ces artistes qui ne semblent malheureusement pas avoir compris l’ampleur du problème.

Nous vivons dans un monde ou l’avenir est incertain, la planète dénombre 750 espèces animales disparues, 2700 en voie d’extinction et 12500 menacées. Le constat est terrifiant. Nous sommes tou.te.s interdépendants. Notre présence sur terre à toutes et tous, faune et flore confondus respecte un équilibre, nous sommes un ensemble d’êtres vivants capables de vivre en harmonie.

Il est impératif que nous prenions conscience que les besoins des individus divergent entre espèces. Nous nous devons de respecter le droit de chaque être vivant à assouvir ses besoins, il en va de la préservation de la biodiversité, essentielle à notre propre survie.


Par Lucie Fehrnbach-Gélin, Infirmière vétérinaire, Co-responsable du pôle réhabilitation/sanctuarisation de Save Gabon’s Primates