Disparition des primates non-humains

La biodiversité subit un déclin drastique depuis de nombreuses années. En Afrique Centrale sont menacés de disparition : 11,4% des 493 mammifères, 1,4% des 1100 oiseaux, et 15,3% des 288 amphibiens. Ces pourcentages sont en constante augmentation à cause d’une expansion de l’urbanisation, de la déforestation et d’une chasse intensive pour une commercialisation de viande de brousse de différents mammifères.

Pourquoi les primates non-humains disparaissent ?

Mandrill en enclos de semi-liberté au CDP

Chez les primates non-humains (PNH), environ 60 % des espèces sont menacées d’extinction dans le monde à cause de la déforestation, de la fragmentation des habitats, de l’agriculture, de la surexploitation, de l’urbanisation et de l’émergence de maladies tropicales telles que la fièvre hémorragique Ebola[1]. En ce qui concerne les PNH de l’Afrique de l’Ouest et Centrale, 40% de ces espèces sont menacées d’extinction[2]. De même, le braconnage détruit les populations de PNH et décime des espèces[3]. Parallèlement, le dérèglement climatique n’est pas en faveur des PNH[1]. En effet, l’impact des humains sur la Terre est de plus en plus fort et met en jeu la survie des écosystèmes de notre planète.

La déforestation

Les raisons de la déforestation dans les forêts du bassin du Congo sont multiples : exploitation forestière intensive et extensive, expansion de l’agriculture, etc. menaçant la survie des forêts[4],[5],[6]. Ces forêts ne représentent que 13% du territoire africain mais assimilent 90% du carbone sur le continent. Elles abritent de nombreuses espèces végétales et animales et jouent un rôle très important dans la régulation du climat[4].

Ainsi, la déforestation de ces poumons de la Terre est impliquée dans le dérèglement climatique et dans la disparition de la biodiversité[6],[7],[8] . La forêt du bassin du Congo, qui s’étend notamment sur le Gabon, est la deuxième plus grande forêt tropicale du monde (après l’Amazonie) avec un couvert forestier de plus de 268 millions d’hectares[5],[9]. Plus de 80% du Gabon est recouvert de forêt, avec 20% de plantes retrouvées uniquement dans le pays[5][8]. Contrairement à de nombreuses forêts, celle du bassin du Congo est faiblement impactée par la déforestation grâce à une faible pression démographique[5],[6]. Des mesures de protection ont été prises pour ses forêts avec des plans d’aménagement et la création de 13 parcs nationaux. Malgré ces mesures, la déforestation est en augmentation depuis les années 90. En effet, l’attractivité de ces forêts en termes minier et de diversité faunique conduisent à leur déforestation[5][8] .

Le braconnage

Le braconnage fait également partie des menaces impactant les espèces de PNH du Gabon[10]. Une législation a donc été adoptée afin de contrôler le commerce des espèces sauvages. Cependant, le commerce de la viande de brousse reste un lourd problème pour la survie de la faune sauvage africaine (Voir notre article “La viande de brousse”).

Les maladies tropicales

Auscultation d’un jeune chimpanzé au CDP

Le Gabon se trouve en zone équatoriale, favorisant une grande diversité biologique notamment concernant les virus et bactéries virulents. Ces maladies (Ebola, virus d’immunodéficience simienne (SIV), hépatite B, tuberculose …) ont décimé des populations entières de PNH. De plus, la proximité Humain-PNH favorise le développement de certaines maladies aussi bien chez les humains que chez les PNH.

Qu’en est-il des espèces gabonaises ?

Au Gabon, une grande diversité de PNH a été répertoriée, avec notamment une espèce endémique : le Cercopithèque à queue de soleil (A. solatus) (Cf article “Le Cercopithèque à queue de soleil et ses besoins de conservation”). En effet, les 2 sous-ordres sont représentés au Gabon et 21 espèces de PNH ont été dénombrées. Une majorité de ces espèces est malheureusement en voie de disparition.

Mangabey à collier en attente de réhabilitation au CDP

Dernièrement, l’UICN (Union Internationale pour la Conservation de la Nature) a déclaré que le Mangabey à collier  (Cercocebus torquatus) est passé du statut « vulnérable » à « en danger ». Il était présent de l’Ouest du Nigéria à la frontière entre le Gabon et le Congo. Aujourd’hui, la population la plus saine se trouverait au Gabon. Les menaces pesant sur cette espèce tendent à augmenter, et la conservation de cette population gabonaise devient donc plus que nécessaire[1].

Que pouvons-nous faire ?

Afin de protéger ces espèces et de ralentir la disparition des PNH, diverses actions sont réalisables. La sensibilisation auprès des populations locales est un bon moyen d’action pour les investir dans la conservation des PNH.  De plus, le développement du suivi des populations de PNH en milieu naturel ou semi-naturel devient également nécessaire afin d’en connaître plus sur leur écologie, leur comportement, leurs habitudes, etc.

Par ailleurs, de nombreuses associations comme Save Gabon’s Primates luttent pour la protection des PNH. Vous pouvez les soutenir à votre échelle, en les suivant sur les réseaux, et en faisant des dons. A ce jour, des sanctuaires et des parcs se développent afin de réintroduire et préserver les PNH.

Article rédigé par Lucie Marchais, Master 2 Environmental managment and sustainable development, bénévole de l’association.


Sources et liens

[1] Zhang et al., 2019

[2] UICN (https://www.iucn.org/fr/node/32033)

[3] Bowen-Jones & Pendry, 1999

[4] Mayaux et al., 2013 

[5] Tchatchou et al., 2015 

[6] Gillet et al., 2016

[7] Boahene, 1998 

[8] Malhi et al., 2013 

[9] Global Forest Atlas 

[10] Coad, 2007