La viande de brousse

Qu’est-ce que la viande de brousse ?

La viande de brousse définit toute viande issue de la faune sauvage. En Afrique Centrale, chasse, commerce et consommation de viande de brousse sont des pratiques habituelles inscrites dans la culture. De nombreuses populations rurales dépendent de la forêt pour se nourrir et avoir un revenu[1].

La viande de brousse au Gabon

Près de 114 espèces sont répertoriées comme viande de brousse au Gabon depuis 2000. Environ 46% des mammifères au Gabon en font partie.

Le problème actuellement est que le pillage de la faune sauvage n’est plus seulement effectué pour la consommation personnelle mais surtout pour enrichir un commerce. A titre d’exemple, dans le Sud-Est du Gabon (où se trouve Franceville), les ventes de viande de brousse représentaient jusqu’à 72% du revenu total des ménages[2]. Actuellement, le problème est que le pillage de la faune sauvage n’est plus seulement effectué pour la consommation personnelle (100 kg / habitant / an).

La chasse est autorisée sur 65% du territoire gabonais (milieu rural) pour répondre aux besoins des villages et aux exploitations forestières. Les 35% restant sont des parcs privés ou protégés où la chasse est interdite. Or, la quasi-totalité du territoire est exposée à la chasse commerciale et aux braconniers. On note une pression intense pour les territoires situés autour des villages (à 5 km ou moins). Il faut savoir que 80 % des villageois chassent (les hommes seulement, la chasse est masculine)[3].

Finalement, selon l’ONG WWF (World Wildlife Fund), seuls 2% du pays échapperaient à la pression de la chasse[4].

Quelles espèces sont concernées ?

La quasi-totalité des espèces sauvages d’Afrique Centrale fait l’objet de la chaque. 3 espèces représentent cependant près de 70% de la viande de brousse trouvée sur les marchés[5].

Photo à savoir : le petit céphalophe bleu (Philantomba monticola) (petite antilope), l’athérure (Atherurus africanus) (rongeur aux airs de porc-épic) et le singe hocheur (Cercopithecus nictitans).

Quelles conséquences pour les primates ?

La chasse des primates pour la viande de brousse est très marquée dans les pays où ces animaux vivent. Elle détruit ses populations et décime certaines espèces. Au Gabon, du fait des épidémies d’Ebola et du braconnage, la population de grands singes à savoir gorilles (Gorilla gorilla) et chimpanzés (Pan troglodytes) ont vu le nombre de leurs individus diminuer de moitié en moins de 20 ans[6].

Environ 60% des espèces de primates sont menacées d’extinction dans le monde à cause de leur sur-chasse et de la destruction de leur habitat. En cause : l’exploitation forestière et minière, l’agriculture, la surexploitation des ressources, l’urbanisation et les maladies infectieuses (notamment Ebola pour le cas du bassin du Congo) [7]

De plus, la disparition d’une seule espèce peut être lourde de conséquences pour le reste de son environnement. En effet, les animaux disséminent les graines de près de 75% des espèces végétales des forêts tropicales humides d’Afrique[8]. La perte de telles populations menace donc l’équilibre des forêts, leur faune et leur flore. On appelle d’ailleurs les primates, les jardiniers de la forêt.

Quels risques sanitaires ?

La viande de brousse, notamment celle de primates, présente un risque sanitaire élevé. Celui-ci ne porte pas uniquement sur la consommation de cette viande mais sur les contacts directs avec les animaux infectés (sang, sécrétions de liquides, etc.).

Par exemple, le virus Ebola en Afrique a été détecté et contracté après la manipulation de primates ou chauves-souris (Chiroptera), infectés.

Quels interdits ?

En fonction des croyances (liées à l’ethnie, la religion,etc.), il existe des interdits quant à la consommation (on parle de tabou alimentaire), la chasse voire l’approche de certains animaux. Les animaux considérés comme sacrés sont épargnés.

Le saviez-vous : Comme le céphalophe à front noir (Cephalophus nigrifrons) pour les Bengas (ethnie Bantoue du Gabon). La croyance raconte qu’il aurait fait connaître à leurs ancêtres, au cours d’un exode, un gué d’une rivière assez profonde, leur permettant ainsi de traverser.

L’importation illégale

La viande de brousse est sujette à l’importation illégale dans le monde. Ce trafic part principalement d’Afrique Centrale et de l’Ouest en direction de la France, de l’Asie et de l’Amérique du Nord. En effet, le Gabon est l’une des sources d’importation de viande de brousse pour les centres urbains d’Afrique Centrale mais également pour l’international. Ce trafic est particulièrement lucratif puisqu’un singe de 4kg peut être vendu jusqu’à 20 fois plus cher que dans son pays d’origine.

En France ce sont près de 300 tonnes de viande de brousse qui sont importées chaque année et près de 25 000 tonnes aux Etats-Unis (premiers consommateurs mondiaux de denrées issues de la faune sauvage).
Ce commerce a augmenté de 62% en 10 ans [9].

Quel lien entre le COVID19 et la viande de brousse ?

Le covid19 a été défini comme étant une zoonose. Les marchés de viande de brousse ont été mis en cause. En effet, sur ces marchés, de nombreuses espèces se retrouvent sur les étalages, notamment le pangolin (Manidae). Le pangolin a été décrit comme étant l’espèce la plus braconnée au monde. Au Gabon, la viande de pangolin est très prisée et l’arrivée de la covid19 a bouleversé sa commercialisation. Plusieurs scientifiques se sont penchés sur la possible transmission du virus par le pangolin.

L’entassement des animaux dans les cages sur les marchés aurait favorisé le brassage génétique, l’expansion et la transmission du virus aux humains. En effet, pour expliquer l’origine de la covid-19, l’hypothèse actuellement retenue est celle d’une hybridation entre le virus du pangolin et de la chauve-souris. L’hybridation entre ces deux virus animaux aurait donné naissance à un virus capable de rentrer dans les cellules humaines.

Existe-il des alternatives ?

Aucune alternative est clairement proposée. La chasse étant très importante pour les familles qui la pratiquent d’un point de vu alimentaire ou économique, l’arrêt de celle-ci ne peut être envisagé sans alternatives économique.

Au sein du Gabon, très peu d’hommes sont salariés à plein temps[10], et nombreux seraient ceux prêts à abandonner la chasse en faveur d’un emploi. Proposer des emplois autour des métiers de la conservation pourrait constituer une alternative intéressante.

Par ailleurs, la sensibilisation sur les dangers de la chasse et la proximité avec la faune sauvage montre une efficacité relative, difficilement mesurable. Elle reste cependant un levier primordial dans la préservation de la faune et de l’environnement

Enfin, le braconnage en vue de l’exportation de la viande de brousse repose sur un trafic international dont les acteurs sont rarement identifiés et d’autant plus rarement punis. Nous pouvons faire pression collectivement sur nos institutions politiques et judiciaires afin qu’elles fassent respecter les lois nationales et internationales.


Sources

[1] Wilkie et al. 2016

[2] Mfunda et Roskaft, 2010 in Van Vliet et al.2017

[3] Okouyi, 2006 in Abernethy at al., 2010

[4] WWF, 2008

[5] Bahuchet, 2000 in Legrum, 2013

[6] Données entre 1983 et 2000, Walsh et al., 2009

[7] Zhang et al., 2019

[8] Redmond et al., 2006

[9] Smith et al., 2012

[10] Coad, 2007


Article rédigé par Lucie Marchais, Master 2 Environmental managment and sustainable development


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