Le toilettage chez les primates

Le toilettage social aussi appelé grooming social, est un comportement très présent chez les espèces sociales telles que les primates non humains. Il consiste à nettoyer son propre corps mais également celui d’un congénère en scrutant la fourrure pour en retirer les saletés. Ce comportement est définit selon les différentes modes d’actions :

  • Auto-grooming : action autocentrée, l’individu réalise lui-même son toilettage
  • Allo-grooming = social grooming : action effectuée sur un individu de la même espèce
  • Grooming mutuel : action d’épouillage simultané entre deux individus
  • Grooming réciproque : chaque individu épouille l’autre de manière alternative

L’épouillage est une activité sociale importante, qui permet aux animaux de créer des liens, renforcer leurs structures sociales et leurs liens familiaux mais également comme moyen de résolution de conflits, comme comportement maternel et de réconciliation chez certaines espèces.

Les avantages du toilettage

Chez les primates non humains le toilettage d’un individu par un autre – social grooming – est le comportement coopératif le plus fréquemment observé. Pour l’individu toiletté, ce comportement peut réduire le nombre d’ectoparasites (parasite externe qui vit sur la surface corporelle d’un être vivant) et également diminuer les tensions grâce à la libération de béta-endorphines[1].

Une étude de Schino et Aureli (2008)[2] a montré le caractère réciproque du comportement de toilettage entre femelles chez 22 espèces de primates.

Par ailleurs, chez plusieurs espèces de primate non humain, l’épouillage augmenterait la tolérance des congénères envers l’individu épouillé et diminuerait le nombre d’interactions agonistiques (actions conflictuelles). 

De plus, par l’épouillage, le toiletteur accèderait parfois plus facilement aux ressources alimentaires. Les femelles obtiendraient l’accès au nouveau-né de leurs congénères et les mâles s’accoupleraient plus facilement avec les femelles qu’ils épouillent.

Chimpanzés du CDP en plein épouillage

Les interactions de toilettage apportent également du soutien dans les conflits. Par exemple, chez les vervets (Chlorocebus pygerythrus), les individus qui sollicitent du soutien lors de conflit, impliquent plus souvent des congénères qui viennent de les toiletter.

Et chez les autres espèces ?

En plus des primates, les animaux tels que les cerfs, les vaches, les chevaux, les campagnols, les souris, les suricates, les coatis, les lions, les oiseaux, les chauves-souris forment également des liens sociaux par le biais du comportement de toilettage.

Par exemple, chez les chauves-souris frugivores à nez court (Cynopterus sphinx) le toilettage social permet d’établir et de reconnaître des partenaires amoureux. Les mâles et les femelles appliquent des sécrétions corporelles les uns sur les autres afin de reconnaître le statut reproducteur des femelles. Une étude a révélé que les sécrétions pourraient permettre une communication chimio sensorielle et introduiraient le choix du partenaire (Kumar et al, 2016)[3].

De même, chez les espèces de souris des champs (Apodemus microps), on observe que le temps de toilettage est plus important chez les mâles. Ceci se traduit par le fait que la demande d’accouplement par les mâles est beaucoup plus élevée que celle offerte par les femelles, donnant à ces dernières le choix du partenaire. Ainsi, les interactions de toilettage permettent de tester l’aptitude des mâles à l’accouplement. Et réciproquement, permettre aux mâles de stimuler les femelles avant l’accouplement.


Notes et références

Pour aller plus loin (articles en anglais) :

-> La valeur du toilettage pour les femelles primates

-> Aspects fonctionnels de la réconciliation chez les macaques à longue queue (Macaca fascicularis)

-> Importance fonctionnelle du toilettage social chez les primates

-> Toilettage, compétition et rang social chez les primates femelles : une méta-analyse

-> Qui toiletter et pour quoi? Modèles de toilettage chez les macaques de Barbarie femelles (Macaca sylvanus)

-> Allogrooming conditionnel chez la souris des champs (Apodemus microps)

-> Toilettage social chez les chauves-souris: les chauves-souris vampires sont-elles exceptionnelles

-> Léchage social chez les bovins laitiers – Effets sur la fréquence cardiaque chez les artistes et les receveurs


Article rédigé par Lucie Fehrnbach Gelin, assistante vétérinaire, coresponsable du projet Réhabilitation, bénévole de l’association